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Si toi aussi, tu entends souvent ton cœur parler à ta plume, viens déposer tes escarpins dans l'empreinte de nos pas.
Tu pourras alors alimenter cette rivière afin qu'elle devienne un fleuve prolifique de douceurs où tous, nous venons à notre tour, pour y tremper notre plume féconde.
Et cet affluent de pensées innombrables finit sa course magnifique dans un océan de lumières.
J'aime cet idée de partage.
Elle devrait régir le monde sans aucune faille.
Pour que nous regardions tous dans la même direction.
C'est pour cette raison que nous aimons tant la poésie... Et les poètes !...
Gérard SANDIFORT alias Sandipoete
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Et cet affluent de pensées innombrables finit sa course magnifique dans un océan de lumières.
J'aime cet idée de partage.
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 Meurtres en alexandrins

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MessageSujet: Meurtres en alexandrins   Meurtres en alexandrins EmptySam 13 Avr 2013 - 8:50

Extrait de mon recueil Meurtres en alexandrins

PREMIER CHAPITRE

Lors d’un matin plus froid qu’une vieille dépouille
Le chemin de Roger l’emmenait au château.
Cet homme casanier détestait la vadrouille
Surtout quand sur son corps tombaient des trombes d’eau.

Cette invitation aux derniers jours d’octobre
Dérangeait sa routine et ne lui plaisait pas ;
Il préférait sa vie ordinaire et très sobre
Plutôt que, d’un ami, lui vienne un bon repas.

Il était inquiet, cet ami de jeunesse,
Et voulait le secours de son pote Roger ;
Lui qui, par son métier, travaillait en souplesse
Sachant être amical face à tout étranger.

Le métier de Roger ! Inspecteur de police.
Un de ces fins limiers trouvant en l’innocent
Toujours un bon motif d’affliger un supplice
Au voisin qui, parfois, voyait couler son sang.

Le copain de Roger possédait un domaine
Au cœur de la Bretagne, un pays si charmant,
Mais dont le policier avait beaucoup de peine
À savourer le ciel qu’il trouvait peu clément.

Surtout que ce matin marchant dans cette allée
Qui menait au château, le temps était brutal ;
Et ce bon camarade avait une foulée
Courte, il était petit, un corps horizontal.

Les arbres étaient rois sur cette promenade
Mais Roger ne pensait qu’à parvenir au seuil
Du château car son corps allait être malade
À ne voir son ami que du fond d’un cercueil.

Enfin, il arrivait au-devant de la porte.
Roger voulut frapper mais lors il entendit :
« Salut mon vieil ami, que le Diable m’emporte !
Es-tu toujours râleur, maussade, vieux bandit ? »

« Bonjour, mon cher Michel, es-tu marquis ou comte ?
Je vois que l’existence a fait un châtelain
De ce pauvre ouvrier ! Allez, vas-y, raconte
Te voici donc seigneur, toi, le gueux, le vilain ! »

-Mais trêve de mots vains, entre dans la demeure.
Tu vas voir que l’argent offre bien des présents,
Même l’amour, parfois, qui pourtant n’est qu’un leurre
Et ne peut amuser que les vils courtisans-

« Te voilà bien mesquin ! J’ai ma femme et je l’aime »
-Mais ta belle est restée au fond de ta maison.
Attends, je ne veux pas te jeter l’anathème
Et deux bons vieux copains n’aiment pas la prison.

Ote ce pardessus et cet ancien galure
Qui te donne des airs d’inspecteur de roman ;
L’orage ne t’a pas rendu la fière allure
Ensorcelant la femme qui cherchait un amant.-

« Cela, c’était hier et ma petite taille
Me gêna bien souvent, j’ai vécu dans l’ennui ;
Je recherchais la soie et j’ai connu la paille,
Quand je charmais le jour, je dormais seul la nuit »

-Mais va dans le salon, dans cette pièce à gauche.
Tu te prends un fauteuil à côté du bon feu,
Nous allons discuter de celui qui me fauche
Mon argent en croyant que va durer le jeu.-

Roger s’avance donc vers la pièce indiquée,
Le pas silencieux selon son rituel,
La raison ne pouvant être bien appliquée
Quand rapides les pieds se trouvent en duel.

Il aime réfléchir ainsi dans le silence
D’une marche tranquille et sans brusquer son corps.
Son esprit n’est pas lent, il est sans violence,
Clair afin d’estimer les raisons et les torts.

Arrivant au salon, il voit - Quelle surprise ! -
Une dame charmante assise sur le sol,
Loin des flammes afin qu’elles n’aient pas d’emprise
Sur sa chair sans défauts, ignorant le bémol.

Si ce corps fascinant sent la chaleur de l’âtre,
Il ne veut pas rougir sous l’effet d’un brandon ;
Celui-ci changerait sa chair couleur d’albâtre
En celle de juillet, un corps à l’abandon.

Ses cheveux longs et fins tombaient sur sa poitrine,
Laquelle permettait de penser à la nuit ;
Elle était découverte en offrant en vitrine
Des seins blancs qui donnaient des regrets à l’ennui.

Elle exposait son ventre à ses yeux dont le trouble
Croissait en descendant vers ses cuisses d’amour ;
Mais sachant que jamais il ne serait son double
Il se ressaisissait et revoyait le jour.

« Bonjour, mon cher monsieur, lui dit-elle, naïve »
- Bonjour, ma belle enfant, n’avez-vous pas trop froid ? -
« Des grands pays du Nord, je suis une native.
Sachez que de l’hiver, je ne connais l’effroi. »

Elle passe un peignoir d’élégance et de soie
Qui ne limitait pas l’imagination,
Les rêves de Roger suffisant à sa joie,
Un Adam au matin de la création.

Roger dans son veston bleu comme un uniforme
Se sentait mal à l’aise, il avait vu des corps
Mais pas un si vivant dont la chair, par la forme,
Vous faisait oublier les splendides décors.

Mais il n’était pas là pour s’orner les prunelles
De paysages qui n’étaient pas pour ses mains ;
Roger devait penser loin des œuvres charnelles
À celle reliant deux honnêtes copains.

De la belle, Roger regardait le visage :
« Vous connaissez Michel depuis combien de nuits ? »
Brigitte, cette fois, rougit jusqu’au corsage
Mais répondit « Le corps doit voir mûrir ses fruits »

Depuis trois ans déjà je connais ce brave homme ;
Et je dois avouer qu’ il est très généreux,
Le genre à conserver les pépins de la pomme,
La pelure en donnant les morceaux savoureux. »

- Mais quand vos deux chemins créèrent la rencontre
D’un cactus tel Michel et d’une belle fleur ? -
«  Il voulait ce tableau, venez, je vous le montre… »
- Mais votre chair, Brigitte, avait plus de valeur !

Mais, dîtes-moi, Brigitte, êtes-vous une artiste ? -
«  Pendant presque trois ans, j’ai suivi les beaux arts
Mais Dieu n’a pas permis que je sois sur la liste
Des talents ! Voyez-vous, communs sont mes regards. »

- Donc, vous avez connu Michel au vernissage
D’un peintre intéressant…Votre cœur était seul ? -
«  C’était mon compagnon, ma vague et mon rivage,
Dont l’immense talent sortait de son linceul »

- Si vous me permettez, j’ai l’âme curieuse,
Mon ami vous a-t-il adressé quelques mots ?-
« Lui m’a beaucoup parlé, moi, très silencieuse,
Je l’écoutais, ravie, il guérissait mes maux. 

Puis, il m’a demandé si je voulais le suivre,
En toute honnêteté, dans un lieu différent !
Et nous sommes partis dans un palais où vivre
Remplit bien moins l’esprit, vers un grand restaurant. »

.. Chère Brigitte, enfin, j’ai trouvé la demeure
Où se cache le ciel, l’unique paradis !
J’ai cherché, j’ai tourné pendant bien plus d’une heure
Et voici la maison ! Ce n’est pas un taudis !..

« Viens mon petit Bertrand, viens que je te présente.
Monsieur est un ami…mais quel est votre nom ? »
- Roger, cela suffit, vous êtes si plaisante
Qu’il faut simplifier pour créer le chaînon -

« Roger est un ami de mon Michel, ton hôte »
..Mais je suis enchanté de vous serrer la main..
- Moi de même, Bertrand, ce serait une faute,
Ici, que d’ignorer un semblable chemin -

« Bertrand est un ancien…jockey si je peux dire
Mais comme il préférait aux splendides chevaux
Les femmes, des maris se sont mis à maudire
Cet homme, leur honneur traînant les caniveaux »

- Brigitte, très souvent, mal est compris le charme ;
L’époux se sent volé, pourtant, rien n’est à lui !
Et voici que l’amour se meurt dans une larme
Alors que le soleil brillait même la nuit -

..Ah ! Je suis très heureux de voir une personne
Comprenant que mon cœur ne veut que soulager
La femme connaissant dans son couple l’automne
Dès lors que son mari n’est plus qu’un étranger..

Michel, à cet instant, pénètre dans la pièce.

- Je vois que ton ami Joël est arrivé.
Va lui montrer sa chambre - Et Brigitte acquiesce,
Dirigeant le jockey vers son endroit privé.

« Roger, nous sommes seuls, il faut que je t’expose
Les ennuis provoqués par un individu,
Quelqu’un d’indélicat qui ne fait pas de pause
Afin de croire à lui ce qui n’est pas son dû !

Et ne crois surtout pas ce que te dit Brigitte ;
Elle aime enjoliver, s’inventer un roman !
On ne sait pas vraiment quel fantôme l’habite
Et pourquoi son langage est riche quand il ment !

- Donc, Michel, tu me dis, « Brigitte est mythomane ! »
Vous êtes-vous connus vraiment dans un salon
De peinture où chacun, l’esthète et le profane,
Se promène à l’envi contemplant à foison ? -

«  Très sincèrement, non. Ma belle est une hôtesse…
De bar ! Nous avons bu dans des coupes d’attrait ;
Elle aimait mon bagout et ma délicatesse,
Son rire était charmant, il n’était pas abstrait. 

Mais, vois-tu, nul ne peut en vouloir à Brigitte
Il n’est rien de méchant, de cupide, de froid
Ou de très culturel quand son esprit crépite,
Elle veut simplement ne pas vivre à l’étroit. »

- Il est vrai qu’avec toi son espace est très vaste.
En laissant les rideaux rouges de son emploi,
Par sa métamorphose, elle a changé de caste !
Et même de côté vis-à-vis de la loi. -

« Ne sois pas trop cruel et laisse l’ironie
A ceux qui sont jaloux de ne pas être aimés ;
Ma Brigitte ne sait ce qu’est la félonie,
L’un à l’autre nos cœurs, crois-le, sont arrimés. 

Laisse-moi te parler des trois autres personnes.
Ils sont à la piscine à ce moment précis.
Je voudrais t’expliquer pour que tu te façonnes
Un regard qui, je crois, ne peut être indécis.

Dominique d’abord, un garçon de notaire
Mais que le cher papa voudrait déshériter !
Enfin, si je peux dire, il est près de la terre
L’enfant aura bientôt ce qu’il faut mériter.

Mais il craint que papa dans son précieux coffre
N’ait écrit quelques mots au bas du testament :
« A mon très cher garçon, voici donc ce que j’offre…
Rien avant qu’il ne gagne un sou loyalement. 

Ce garçon est issu d’un premier mariage
Et sa mère est partie en laissant son mari ;
Celui voit toujours devant lui le visage
De celle tant aimée et dont il fut marri »

- Voici donc la raison animant la rancune
De l’amoureux trahi, n’est-ce pas, cher Michel !
Il ne voudrait donc pas remettre sa fortune
À ce fils rappelant un amour si cruel. -

« Voilà ce qu’il faut dire envers ce Dominique
Que Brigitte aime bien car il est amusant.
Mais, personnellement, je le trouve cynique,
Un être sans esprit et, parfois, malfaisant. »

L’autre que tu verras, nous l’appelons Figure,
Son prénom est Alain mais il est si simplet,
Si blafard, un garçon sans aucune envergure,
Qu’il mérite un surnom tant il est incomplet.

Il est sans cesse aux pieds de Sofia la compagne
De Dominique qui tient beaucoup à son bien.
Figure est, je le crois, un guetteur en campagne
Qui surveille toujours la belle au quotidien.

Sofia, je te l’avoue, est le plus grand mystère ;
Et je crois que son vol n’est jamais défini !
Des filles, des garçons, elle a le caractère,
Des deux sexes, d’ailleurs, son corps paraît muni. »

- Et toi, mon vieux Michel, où se trouve ta place ?
Tu n’as pas eu d’enfants égayant ta maison
Et, lors, des compagnons, comme une gomme efface,
Animent cette nuit régnant dans ta prison.

Mais crois-tu qu’à ton âge, il faille des étoiles
Si jeunes en lumière et pleines de gaîté ?
A soixante ans ce jour tu te couvres de voiles
Et tes yeux sont fermés, ton faux-pas est guetté.

Je vois tes beaux habits ainsi que ta brillance
Mais crois-tu que ton corps plaît encor à celui
Ayant su te passer cette pure alliance
Qui rutile bien plus que ton soleil ne luit ! -

« Mon cher Roger, sais-tu ce que Brigitte apporte
À l’homme qui n’avait plus aucun horizon ?
Elle est cette clarté qui, de mon âme morte,
A fait que le printemps soit ma seule saison.

Sais-tu qu’elle pourrait tant elle naturelle
Me permettre d’aimer les hommes les plus laids !
Pour moi, c’est un oiseau, la première hirondelle
Fragile mais son nid est ainsi qu’un palais.

Ah ! Comme il est plaisant de sentir son corps nu
Quand mes doigts sur sa chair sont comme un diadème
Car je m’en vais, dès lors, vers un ciel inconnu !
Il n’existe qu’ un mot si délicieux…J’aime !

Ah ! Comme il est plaisant de vivre nos accords
Et de mourir ensemble au rythme que l’on sème
Dans des chuchotements puis des cris qui dès lors
Font renaître ce mot si délicieux…J’aime !

Ah ! Comme il plaisant lors de l’apaisement
D’être dans le silence après l’instant suprême
Où nous avons mêlé l’âme et le sentiment
Afin de dire un mot si délicieux…J’aime !

Ah ! Comme il est plaisant de s’avouer la nuit
Qu’il ne peut exister entre nous le dilemme
Car nous ne connaissons la froideur de l’ennui
Quand arrive ce mot si délicieux…J’aime ! »

- Je comprends ton amour. Le sien, est-il sincère ?
Depuis ton mariage, il est plus d’un ennui
Qui te touche le cœur, te fouette, te lacère !
Sais-tu que le malheur, très rarement, s’enfuit !

Parle-moi donc un peu de ton profond problème,
De cet individu qui vole ton argent !
J’approche le sujet et ton visage est blême,
Et tu perds aussitôt ton célèbre entregent. -

« Nul ne prend mon argent, il s’agit de chantage ;
Et je ne voudrais pas que mes petits secrets
Viennent tacher les jours de ma nouvelle page
Écrite avec des mots qui sont, pour moi, sacrés.

Vois donc, hier matin, j’ai reçu cette lettre
Menaçante et donnant les détails d’un passé
Que je ne voudrais pas voir un matin renaître
Et qui me semblait bien, à ce jour, effacé. »

« Monsieur le meurtrier, j’ai connu votre femme.
Elle dort, à présent, dans un triste tombeau
Fait d’un ciment vulgaire ! Ah ! Quel horrible drame !
La justice a toujours eu besoin d’un corbeau.

Mais l’avez-vous tuée à l’aide d’une lame
Ou de médicaments pour baisser son rideau ?
Deux millions d’euros ou, dès demain, je clame
Que vous n’en pouviez plus de traîner un fardeau.

Vous fûtes sans pitié, la pauvre était malade,
Quand vous avez jeté son corps en marmelade
Dans une fosse infâme en laissant un crachat.

Vous recevrez bientôt des consignes précises
Afin de déposer la rançon du rachat
Sinon je vous verrai devant la cour d’assises »

Roger prend le papier et semble très déçu
Car on l’a déplacé pour une escroquerie ;
Et le voilà l’objet de cette tromperie !
Mentir à son ami n’est jamais bien perçu.

- Mais tu m’as dit:« Roger, viens chez moi, l’on me vole » !

« J’ai pensé qu’un courrier était insuffisant
Pour un déplacement. Sais-tu que je m’affole ?
Des lettres de corbeau ce n’est pas très plaisant. »

- Dis, je ne savais pas pour ta première épouse !

«  Un jour, elle est partie ou s’est enfuie, a disparu !
La police a fouillé, retourné la pelouse,
Comme ils n’ont rien trouvé, les inspecteurs m’ont cru. »

Mais d’après cette lettre, un homme te soupçonne.
Et je crois qu’il n’est pas du tout du même avis !
Peut-être prêche-t-il le faux, il te rançonne
Pour prouver que le vrai n’est pas ce que tu dis !

A présent, je voudrais…où se trouve la douche ?
J’ai fait un long parcours, je dois me rafraîchir.
Sans me laver le corps, le visage, la bouche
Je ne saurai jamais sainement réfléchir. -

« Ta chambre est au premier à côté d’une toile,
Une œuvre de Manet aux splendides couleurs. »

- Tu sais, je suis surpris, tu parles d’une étoile
Sans dire qu’un génie a verni ses valeurs.-

Et Roger laisse ainsi Michel auprès de l’âtre
Rejoint dans le salon par un déshabillé ;
C’est Brigitte cachant un peu sa chair d’albâtre
Qui vient le câliner qu’il soit plus éveillé.

« Raconte, mon chéri, d’où vient ce camarade ?
Est- ce un ami d’enfance ou des nuits de boissons ?
On le dirait toujours partant pour la croisade ! »

- Ne préfères-tu pas de délicats frissons ? -

« Nos amis vont venir, laisse ta main discrète
Attendre cette nuit pour aller aux moissons.
Votre discussion doit-elle être secrète ! »

- Roger est inspecteur, il vient pour mes ennuis.
Avec lui, je saurai si la lettre est concrète,

Celle que tu connais et qui parle de bruits. -
« Mais qu’importe, chéri, cette lettre anonyme !
Je déteste, tu sais, lorsque tu te détruis. »

- Je veux que tout soit clair et mettre un patronyme
En bas de ce courrier cruel et détestable.
Et je ne serai pas un homme magnanime.-

« J’entends nos invités venir, c’est formidable !
Nous allons boire un verre, un simple jus de fruit
Car je connais tes tics quand l’alcool est à table.

Le soir sera charmant, douce sera la nuit. »

- J’ai des tics, oui, je sais que je suis dipsomane
Mais cela vaut bien mieux que montrer ses dessous,
De n’aimer que le lit, d’être une nymphomane !
Et, dans cette maison, les gens ne sont pas soûls. -

« Mais ne te vexe pas, tu n’es pas alcoolique.
Et cessons la querelle, ils entrent maintenant.
Montrons que notre couple est un couple idyllique,
Ainsi que ma beauté peut s’offrir au manant. 

Entrez donc mes amis, Dominique et Figure,
Belle Sonia, Bertrand, prenez donc un fauteuil ;
Buvons à la santé de la grande aventure,
Elle ne dure pas, viens vite le cercueil. »

- Qui parle de cercueil dans ce château de prince ? -
Je doute que ces murs soient ceux d’un monument
Construit loin des vivants, dans la sombre province
Où, lors de la Toussaint, on porte un sentiment »

«  Venez, cher inspecteur, venez, je vous présente
Voici mes quatre amis qui sont tous des seigneurs !
Offrez donc une bise à leur âme innocente,
Cher Roger, je vous vois tel un bourreau des cœurs. »

- Enchanté, cher Roger, mon nom est Dominique.
Je n’avais pas d’amis en uniforme bleu
Et je serais ravi, ce serait fantastique,
Que vous soyez le mien, je le jure, parbleu !

Voici Sonia, ma femme, une grande timide.
Elle est, comment vous dire ?, en dedans de son corps ;
Regardez son visage, il est aussi livide
Que cet affreux château, si blancs sont ses décors. -

« Et je suis très heureux de faire connaissance
Avec un homme bon qui saura bien se taire.
Je t’offre l’amitié, c’est comme une naissance
Car je ne connaissais aucun fils de notaire »

- Je me présente, Alain, enfin plutôt Figure,
Le tuteur, la nounou de la belle Sonia ;
Je suis à ses jupons ainsi qu’une couture
Sinon je ne serais qu’un malheureux ténia -

« Enchanté, cher Alain, ta marche est donc active
Car il faut réussir à suivre un corps si beau !
Sais-tu que tu pourrais être un bon détective,
Le coupable, certain, sortirait du tombeau. »

- Il ne reste que moi mais dès mon arrivée
Nos yeux se sont croisés même si ce fut bref ;
L’assistance d’ici paraît être rêvée,
Cinq jeunes gens oisifs sous le regard d’un chef -

« N’oublions pas Michel, cher jockey, c’est notre hôte !
Je vais te rassurer, un flic a des loisirs
Et les miens sont ici, je voulais voir la côte
De Bretagne, Michel m’apporte ses plaisirs. »

- Bon, voilà, tout est fait, si nous passions à table !
Servez-vous, le traiteur est passé ce matin.
Ce buffet, pour nous sept, n’est pas insurmontable.
Aucun de nous, d’ailleurs, n’y perdra son latin. -

« Brigitte, faites-vous quelquefois la cuisine ? »

- Mais…pourquoi la ferais-je ? On livre à la maison.
Au petit déjeuner, je beurre ma tartine
Et c’est mon seul travail lors de toute saison.-

Sais-tu, mon cher Roger, que ta voix amicale
Doit employer le tu comme chacun de nous ;
Je serais plus à l’aise et certes moins bancale,
Le vous me fait penser qu’on est à mes genoux. -

« Je te donne raison, Brigitte et, dès cette heure,
De moi, tu n’entendras plus jamais que le tu ;
Mais si nul ne répand le bruit dans la demeure
Que Roger voudrait bien caresser ta vertu ! »

Et sur ces mots, Roger s’éloigne de Brigitte.
Il les regarde tous manger dans le chéquier
De son copain Michel qui, sans cesse, s’agite
Qu’ils puissent savourer sur le dos du banquier.

Il regarde chacun se faisant une idée
De ces tempéraments qui cachent leurs défauts ;
Roger lancerait bien une lourde bordée
Débarrassant Michel comme le fait la faux.

Observant Dominique, il le pense capable
D’avoir échafaudé le plus sinistre plan ;
Ce garçon est sournois et son vice est palpable,
Roger le voit agir ainsi qu’un chef de clan.

Face à Figure, Alain, il est autoritaire,
Il pavane devant Brigitte et sa Sofia
Et comme il n’aura pas les euros du notaire,
Dominique pourrait faire une razzia.

Mais il n’est pas la main qui rédige la lettre
Car vit auprès de lui ce malheureux Alain,
Un gars obéissant qui vénère son maître
Prêt à tout pour avoir le plus petit câlin.

Alain, ce pauvre Alain, dont le surnom Figure
Convient comme au suspect les déchirants aveux ;
Un visage sans fond, un esprit sans culture,
Sur son crâne, à vingt ans, des restes de cheveux.

Nul ne pourrait vraiment le peindre, le décrire
Tant il semble banal, sans personnalité ;
Le père du courrier ! Aurait-il su l’écrire ?
J’en doute car il est une imbécillité.

A merveille, il remplit sa mission profonde ;
Pourtant, cette Sonia possède plus d’un tour
Dans le sac en serpent que ma main vagabonde
Aimerait pénétrer tant il me semble lourd.

Lourd d’infidélités et de secrets d’alcôves,
De mensonges trop clairs pour Alain le naïf !
Cette biche s’arrête aussitôt que les fauves
Cherchent à déguster un être primitif.

Dans le vice, l’on voit la seule intelligence
De Sonia qui voudrait que son esprit soit clair !
Le Bon Dieu n’a pas eu, pourtant, cette indulgence,
Son cœur n’est à personne, à tout corps est sa chair.

Elle erre dans la vie avec ce Dominique
Qui croit la dominer quand il n’est qu’un pion !
Et je vois bien Sonia lui faire un jour la nique
A ce brun ténébreux mais pâle champion.

Car ce bel héritier n’aura pas un centime
De la part d’un papa qui n’a pas de respect
Pour un fils rappelant la belle légitime
Qui s’est enfuie un soir le laissant circonspect !

Et voici le jockey, ce repris de justice
Prononçant le mot chef ainsi qu’un détenu ;
Séducteur par hasard, serviable par vice,
Il est aussi vivant qu’un mort quand il est nu.

Mais ses capacités à perpétrer un piège
Sont réelles. Je crois qu’il n’est pas innocent.
D’ailleurs, de son parcours, je vais faire le siège
Pour voir combien ses mains ont de taches de sang.

« Viens avec nous, Roger, n’aimes-tu pas la foule ? »

- Chère Brigitte, apprends que j’aime le ruisseau
Dès lors qu’il est limpide et quand l’eau qui s’écoule
Ne pourra pas salir l’esprit, mon cher vaisseau.

Et je suis fatigué, je monte dans ma chambre.
Demain, je vais aller visiter le pays ;
Cet octobre est splendide et comme j’aime l’ambre
Je sais que mes regards ne seront pas trahis.

Je te souhaite donc une bonne soirée
Ainsi qu’à tes amis, fais la bise à Michel.
Je me retire ainsi que le fait la marée
En allant rechercher un rêve dans le ciel.

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