Forum poétique
Si toi aussi, tu entends souvent ton cœur parler à ta plume, viens déposer tes escarpins dans l'empreinte de nos pas.
Tu pourras alors alimenter cette rivière afin qu'elle devienne un fleuve prolifique de douceurs où tous, nous venons à notre tour, pour y tremper notre plume féconde.
Et cet affluent de pensées innombrables finit sa course magnifique dans un océan de lumières.
J'aime cet idée de partage.
Elle devrait régir le monde sans aucune faille.
Pour que nous regardions tous dans la même direction.
C'est pour cette raison que nous aimons tant la poésie... Et les poètes !...
Gérard SANDIFORT alias Sandipoete


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 Mathéo 2

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Michel 48
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MessageSujet: Mathéo 2   Mathéo 2 Icon_minitimeDim 3 Nov 2019 - 19:01

Tout s'effondre autour de moi
Jean qui se barre en claquant la porte pour rejoindre sa pute de Marie-Lou, les mômes qui se sont fait la malle, les gendarmes qui viennent de repartir, les services sociaux qui vont débarquer. La tête dans le chou, même après une douche brûlante, cette envie insidieuse qui me ramène encore une fois devant le meuble des apéritifs.
Sa pouffe. Qu'elle crève celle-là ! Je m'en doutais depuis un moment qu'il avait quelqu'un, j'avais pas imaginé que ça puisse être ma meilleure copine. Marie-Lou la cajoleuse, son rire carnassier, son 95D en offertoire. Marie-Lou qui voilà moins d'une semaine me faisait des confidences sucrées en me caressant l'épaule, ma chérie, comme tu es belle, vous êtes un si beau couple Jean et toi.
Ah oui, un beau couple. Un couple sans enfants, et que l'infertilité ronge plus sûrement qu'un cancer, qui fait de moi une planche à pain que Jean ne regarde plus. Mon Jean qui troque mes œufs au plat contre un double airbag, qui s'enferme dans le mensonge. Ses nouvelles missions commerciales, ces clients étrangers qu'on amène dans les meilleurs restaurants de la ville, qu'on sort dans les bars...Tu parles. Trahi par son portable tombé de sa poche hier matin, sous un coussin du canapé. Parti au boulot sans s'en apercevoir.
Comment en est-on arrivés là, lui qui m'aimait si tendrement ? Lui qui a été si proche de moi tout le temps qu'ont duré ces fichus examens médicaux, ses mots rassurants, ses bras, dans ce parcours éprouvant, et jusqu'à cet abrutissant diagnostic. On adoptera un enfant ma chérie. Oh oui mon Jean. On n'a pas adopté, j'ai perdu mon boulot, chômage, des conversations au pôle emploi, cette perspective qui se présente, devenir famille d'accueil. Une assistante sociale chaleureuse, convaincante, vous êtes un couple épatant. Jean qui gagne bien sa vie, qui m'encourage, c'est fait pour toi ma chérie, tu vas adorer t'occuper d'enfants.
Ils sont venus habiter notre maison, ils ont redonné vie à mon ventre, ils ont rendu la chaleur à mon sein. Un petit moineau tout bouclé, ses grands yeux bruns qui lui mangent le visage, Safia, 5 ans, Safia dont le regard interroge le monde, qui veut tout comprendre, qui accepte mes bras, qui vient si gentiment se blottir. Et son héron de frère, si mystérieux dans son apparente immobilité, qui semble sonder l'onde de sa vie, mais dans la quête de quoi. Mathéo, 10 ans, qui ne s'est jamais posé sur ma rive. Mauvais traitements ont dit les services sociaux, enfants en danger, mère à la dérive. Mathéo ne dit rien. Il ne me déteste pas, non, mais il décourage toutes mes approches. Gentil, serviable, pourtant, mais comme pour s'assurer d'être irréprochable. La vie s'installe avec eux, ma maison se peuple de leur existence. Jean les adore, Safia le lui rend, et Mathéo également, mais en mode camouflage, en partageant des territoires de mystère. Jean et Mathéo désossant un vieil ordinateur, Jean et Mathéo dans les galeries des musées, au salon de l'auto, aux matchs du FC Melun. Mais Mathéo secret, même avec Jean, auprès de qui rien de personnel jamais n'affleure. Pire encore avec moi, je sens qu'il me dénie toute prétention à être maternelle. Ça me blesse, après ces années consacrées à leur bien-être. Heureusement, Safia ne boude pas mes bras. Elle est mon bébé. Je la vois bien grandir, je vois parfois des eaux sombres dans le brun sombre de son regard. Je la vois grandir et je me refuse à imaginer qu'elle est vouée à quitter ma vie un jour ou l'autre, je voudrais qu'elle soit pour la vie ce bébé que je n'ai jamais porté, jamais allaité, que je serre peut-être trop fort certains jours où ces questions me rongent plus que d'habitude, certains soirs où je trouve dans un apéro la chaleur qui vient se couler dans mes chairs glacées.
Ou alors, cette absence cotonneuse des somnifères, qui vient suppléer aux absences intolérables de Jean aux repas du soir.
J'ai éclaté hier soir. La colère couvait en moi depuis le matin, depuis la sonnerie de son téléphone, la découverte des textos, les photos. J'ai piétiné le portable, je l'ai jeté à la poubelle, et j'ai vécu la journée dans un tourbillon mental indescriptible. Sans toucher une goutte d'alcool pourtant, y avait en moi tellement de feu, je n'en avais pas besoin. Je ne sais pas comment j'ai fait pour passer la soirée avec les petits en ayant l'air normale, je les ai regardé manger, je ne pouvais pas avaler la moindre bouchée. Est-ce que je les ai inquiétés ? Est-ce que j'ai crié trop fort quand Jean est rentré?J'aurais voulu le déchirer, le lacérer de mes ongles. Je l'ai frappé, je l'ai insulté. Alors il a crié aussi, il m'a dit des horreurs, m'a bousculée, jetée à terre, il est parti.
Vieille peau m'a-t-il dit. C'est ça que je suis pour toi Jean ? Une vieille peau, un ventre sec et froid ? Je pleure, je voudrais me précipiter chez Marie-Lou, lui arracher les yeux. Au lieu de quoi je me tiens dans l'encadrement de la porte des enfants. 5 ans de leur vie. Le désastre de la mienne. Safia est partie avec son doudou. Ses pantoufles en nounours au pied du lit me regardent. Je me sens tomber.

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