J’ai pris le premier ticket qui se présentait à moins vingt
cinq pour cent!
J’ai dit salut papa, salut maman!
Et j’ai pris le train! Il est 4h moins le quart,
Et pour m’en retourner, il est déjà trop tard!
Sur ma gauche, un gothique mal ceinturé,
La gueule dans un sac bourré de pin’s;
Sur ma droite un vieil homme à l’air un peu désemparé…
A-t-il laissé quelque souci sur le quai, quelque émoi
fragile paumé dans tout ce bin’s?
Faut dire qu’il y a du remue-ménage, ça s’agite de tout
côté,
Ca jacasse sévère et les valises s’entassent, elles,
dardard:
Le départ est annoncé,
Les portes vont se fermer et le temps d’un aller, hop, tous
en boîtes,
Conservés jusqu’à l’arrêt, en petits wagons serrés!
Je ne suis pas d’humeur à avoir le cafard
Et pourtant ma vision se trouble et j’ai la peau moite,
Les images glissent sur les rails, “et s’il m’attendait?”*
Tout va si vite d’un coup, “serait-ce un peu précipité?”*
Le ciel, lui, est toujours bleu, le contrôleur est passé, il
repassera par là.
Je me sens un peu fièvreuse, la clim’doucement se met à
ronfler;
La vitre est bien fraîche et comme une sale môme, collée au
carreau,
De manière sournoise, je dévisage des reflets peu familiers;
“je sais bien qu’il ne faut pas”*…
Peut-on voir sur les visages ici présents, quelque bouton,
quelque bobo?
Mon portable est verrouillé et pas de message à
réceptionner,
L’effroi soudain dans un trou noir, -gros tunnel sur mon
Coeur-: “et si je l’aimais”?*
Ca faisait si longtemps que je marchais!
Ca faisait si mal tout au fond des souliers!
Je suis bien contente de pouvoir assise, chaque kilomètre
additionner…
“Il y en a aura eu du chemin jusqu’ici”*, ça en fait des
lieu(es)x à derrière laisser filer!
Le contrôleur est enfin passé, il a regardé mon ticket, a
poinçonné ma vie,
Et m’a souhaité bon voyage…j’ai souri, “Merci monsieur”*,
oui, je souris!
Arrivée Gare de L’est. J’observe d’autres histoires de vie
filer vers d’autres T.G.V
Quant à moi, je vais aposer mes lèvres, pausée, me p.o.s.e.r
“Oh mon amour, vite, notre nid douillet…”*