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Si toi aussi, tu entends souvent ton cœur parler à ta plume, viens déposer tes escarpins dans l'empreinte de nos pas.
Tu pourras alors alimenter cette rivière afin qu'elle devienne un fleuve prolifique de douceurs où tous, nous venons à notre tour, pour y tremper notre plume féconde.
Et cet affluent de pensées innombrables finit sa course magnifique dans un océan de lumières.
J'aime cet idée de partage.
Elle devrait régir le monde sans aucune faille.
Pour que nous regardions tous dans la même direction.
C'est pour cette raison que nous aimons tant la poésie... Et les poètes !...
Gérard SANDIFORT alias Sandipoete



 
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 A toi dionysos (fin)

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Flore de caroly
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MessageSujet: A toi dionysos (fin)   Mar 7 Nov 2006 - 16:12

L’homme est revenu, juste avant l’aube et ils se sont retrouvés dans la carrière de marbre ; ils ont tous un peu froid. L’homme leur a demandé quelle était leur décision : ils ont baissé la tête !
-”Vous voulez tous retrouver vos cellules ? Je vous croyais plus de courage! “
Nikos s’est avancé : “Antigone et moi acceptons le procès !”
L’homme a comme un sourire : J’aurais été déçu si personne n’avait relevé le défi. Samedi aura lieu le procès ; samedi l’un d’entre vous sera sauvé, l’autre boira la coupe et tous les autres reprendrons le bateau pour rentrer. Allez en paix. Par Dionysos, que les jours qui vous restent soient doux…”
Les jours se sont déroulés dans une relative accalmie : Ils profitent tous au maximum du sursis que leur donne la vie et restent de longues heures à absorber le soleil par tous les pores de leur peau, à admirer les trop rares nuages, à regarder les rayons qui au crépuscule dardent à travers la porte du temple d’Apollon.
Antigone et Nikos se retrouvent souvent ensemble sous l’olivier : ils se racontent leur vie d’avant ou bien restent là silencieux : c’est presque le bonheur…
Puis arrive le dernier soir ; ils se sont pris la main, se sont souhaité bonne chance ; il y a ce jour là comme un parfum d’absence…
Et puis vers le soir : un cri ! “Les voici ! “
De tous les côtés, l’horizon se peuple de voiles blanches ,rouge ou noires ; des voiliers de toute taille encerclent Naxos comme un vol de papillons autour d’une fleur odorante.
Les bateaux jettent l’ancre dans toutes les baies de l’île ; des embarcations amènent les visiteurs sur le rivage.

L’homme a surgi : “il est temps ! Nos visiteurs sont arrivés. Suivez-moi.” Il n’est pas seul cette fois ; des gardes du corps les escortent sur un chemin interminable qui mène à la plus belle plage de l’île. Ils y découvrent une estrade érigée sur le sable blanc ; devant elle deux amphores et un peu plus loin, assis à même le sable cette marée humaine venue pour les juger.
On a fait monter Nikos et Antigone sur l’estrade . Ils n’ont même pas le temps de dire adieu aux autres poussés vers une barque qui les emmènera vers leurs prisons. On leur demande de s’asseoir sur deux chaises . Sur la droite un guéridon supporte une coupe d’argent ciselé : le poison sans doute ; ils échangent un regard complice : ils ont eu la même pensée…
La nuit tombe tout doucement et s’allument les flambeaux ; une odeur de résine se répand, comme si la plage était devenue forêt.
Alors l’homme se lève : “A Toi Dionysos ! Dieu du vin et de l’ivresse” dit-il en répandant un peu de vin sur le sable blanc et la foule reprend derrière lui ses paroles comme un cantique : “A Toi Dionysos ! Dieu du vin et de l’ivresse, que nos nuits soient douces et nos lendemains radieux…”
L’hymne s’éteind tout doucement et l’homme reprend la parole : Il présente Antigone puis Nikos : il explique les deux crimes avec des mots très simples et ajoute : Vous allez devoir voter chacun à votre tour : on vous a donné à chacun deux jetons l’un creux et l’autre plein. Plein cela signifie la mort , creux il signifie la liberté : un jeton dans chaque amphore ; une est marquée au nom de Nikos, l’autre au nom d’Antigone.
Deux hommes éclairent les amphores pour que les gens puissent bien lire les noms car la nuit est tombée : Rang par rang les spectateurs se lèvent gravement et défilent devant les amphores éclairés par les torches leurs ombres s’allongent démesurément sur la plage ; au loin, un tambour bat très lentement la mesure comme une sorte de marche funèbre. Dans le silence presque total on n’entend plus que ce battement et le crissement de pieds nus sur le sable.
Puis lorsque c’est terminé, l’homme descend de l’estrade et fait signe à ceux qui doivent comptabiliser les votes : Ils murmurent en retirant les jetons des urnes “mort” ou “vie” : D’autres écrivent les résultats sur deux pierres de marbre blanc. Cela dure une éternité.
Puis l’homme remonte sur l’estrade et se tourne gravement vers les jeunes gens : “le peuple grec a décidé de sauver … Antigone! Elle retrouvera sa liberté.”
La foule se tait : on entend seulement une respiration oppressante qui couvre la respiration de la mer.
Mais , des cris trouent le silence : Antigone a bondi ; elle a saisi la coupe.
-“N’approchez pas” dit-elle, “n’approchez pas ou je la bois. Nos crimes étaient graves, nous avons tué, nous avons tué, non par haine, mais par amour. Nous souffrons dans nos coeurs tous les jours notre crime et libres ou non nous continuerons à en souffrir. Je n’ai plus personne sur cette terre, ni famille, ni amis. Nikos lui a une petite soeur qui sera seule au monde sans lui ! Vous avez fait le mauvais choix ! C’est sur cette île que Thésée abandonna Ariane qui lui avait donné le fil pour ne pas se perdre dans le labyrinthe du minotaure. Je ne suis pas comme elle : Nikos est mon ami et je ne l’abandonnerai pas. Je sais bien que l’un de nous doit mourir ce soir pour que l’autre vive. Moi, je suis la pente de mon cœur.”
Elle a levé la coupe dans la lumière des torches et brutalement l’a portée à ses lèvres. Nikos se précipite, mais il est déjà trop tard ; un dernier souffle expire sur ses lèvres.
-“Faites quelque chose” hurle Nikos
-“Il n’y a plus rien à faire “répond l’homme.
La foule s’en est allée en silence ; seul le tambour égrène ses notes triste. Nikos a pris Antigone dans ses bras. L’homme l’interroge :”Que voulez vous faire?”
-“Guidez moi ! ” ordonne Nikos. Ils ont remonté le sentier jusqu’au vieil olivier solitaire ; Il a fallu des heures pour dégager un trou parmi les pierres : Nikos y a couché Antigone a ramené doucement sur son corps le mélange de sable et de marbre blanc. Le jour se lève ! “Adieu petite soeur… “
L’homme a sorti une coupe et l’a remplie de vin : ” A Toi Dionysos ! Dieu du vin et de l’ivresse… Que la mort te soit douce.”
-“Pourquoi cela” , demande Nikos, “Pourquoi ces incantations ; les Dieux de l’olympe sont si loin.”
-“Les hommes ont besoin de mystère, il ont besoin de se raccrocher à une croyance” répond l’homme.
-“Votre groupe d’actionnaires a-t-il un nom ?” Nikos a eu une intuition soudaine et la réponse de l’homme le fait frissonner
-“Nous nous appelons les compagnons de Dionysos” répond l’homme en souriant.
-“Mais” balbutie Nikos, “vous êtes une secte ?”
-“Bien sûr reprend l’homme. Il faut de l’argent ! ”
-“Mais pourquoi, pourquoi tout cela ?”
-L’homme ricane “Pour une raison bien simple : l’argent appelle l’argent : vous nous coûtez trop cher, en prison, vous et vos amis ; il faut que certains d’entre vous disparaissent, non des registres, mais de leur cellule. Les bénéfices sont considérables. Et ils le seront de plus en plus. Nous avons même racheté une partie de cette île.
Nikos rit à son tour d’un rire amer :” deux prisonniers de moins , ce n’est pas grand chose !”
-“Vingt prisonniers, c’est nettement plus intéressant !” L’homme le regarde bien en face. “Et la prochaine fois, ce sera trente ou quarante. vous n’êtes qu’une première expérience .”
-“Que voulez -vous dire ? “ s’inquiète Nikos
-“Il y a des barques qui chavirent en mer jeune homme “répond l’homme
-“Ils vont tous mourir, n’est-ce pas ? “Nikos a compris
-“C’est sans doute déjà fait “dit l’homme
-“Je vous dénoncerai” dit Nikos ; “c’est ignoble ce que vous faites là. Tous ces gens sur la plage, ils sont au courant ? ce n’est pas possible!”
-“L’odeur du sang attire les foules ; elles ont besoin de sensations; ces gens là nous confient leur argent dans ce but, pour avoir l’impression de vivre. Tu es tellement jeune et tellement naïf” déclare l’homme en prenant Nikos par l’épaule.
Il se dégage brutalement : “Je vous dénoncerai !”
-“Oh non!” murmure l’homme : “tu seras un des nôtres : ta petite soeur est déjà parmi nous”.
Puis il verse le reste de la coupe sur la tombe
-“A bientôt Dionysos ! Dieu du vin et de l’ivresse!”
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raymonde
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MessageSujet: Re: A toi dionysos (fin)   Dim 12 Nov 2006 - 20:02

passionnant un livre ne m'aurait pas déçu
j'aimerais une suite c'est insolent de ma part je sais
amitiés
raymonde
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A toi dionysos (fin)

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