Forum poétique
Si toi aussi, tu entends souvent ton cœur parler à ta plume, viens déposer tes escarpins dans l'empreinte de nos pas.
Tu pourras alors alimenter cette rivière afin qu'elle devienne un fleuve prolifique de douceurs où tous, nous venons à notre tour, pour y tremper notre plume féconde.
Et cet affluent de pensées innombrables finit sa course magnifique dans un océan de lumières.
J'aime cet idée de partage.
Elle devrait régir le monde sans aucune faille.
Pour que nous regardions tous dans la même direction.
C'est pour cette raison que nous aimons tant la poésie... Et les poètes !...
Gérard SANDIFORT alias Sandipoete



 
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 A toi Dionysos 1

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Flore de caroly
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MessageSujet: A toi Dionysos 1   Mar 7 Nov 2006 - 16:09

Les derniers rayons du soleil traversaient Portara, la porte monumentale du temple dédié à Apollon et allaient baigner d’une douce lumière d’automne la ville de Naxos capitale de l’ile du même nom. Des enfants jouaient, sur les dalles de marbre blanc de l’édifice à jamais inachevé, à une sorte de marelle inventée par les Dieux et leurs rires montaient légers comme une musique.

Nikos leva la coupe de vin mélangé de miel et la versa sur la pierre encore chaude en murmurant les phrases d’usage : “A Toi Dionysos ! Dieu du vin et de l’ivresse ; fasse que notre nuit soit douce et vous Dieux de l’Olympe protégez nous !”
C’était le début de l’hymne et d’autres voix vinrent se joindre à la sienne…
“Que notre nuit soit douce…”

Ils étaient une vingtaine dans la bergerie construite sur les pentes du mont Zas . Ils dînèrent d’olives, de pain et de fromage .

Cela faisait déjà trois jours qu’ils étaient arrivés là et ils suivaient scrupuleusement les instructions laissées sur la table par une main inconnue…ils avaient tellement l’habitude de faire ce que leur demandait que cela n’avait pas été trop difficile. Vingt jeunes, hommes et femmes déposés là par hélicoptère, sans autre explication… Cela faisait si longtemps qu’ils ne demandaient plus d’explications.
Trois jours de liberté ! Et leurs visages reprenaient progressivement une couleur halée.
Chacun à leur tour, ils avaient couru dans l’herbe rase jusqu’au grillage qui limiterait dorénavant leur espace, interrogé les premiers arrivés, mais toutes les questions étaient restées sans réponse. Il avaient tous deux choses en commun : ils étaient jeunes et leur dernière demeure avait été une prison. Et à présent, ils vivaient sur l’île de Naxos pour un temps indéterminé !!!
C’était Hodana, une jeune fille brune qui paraissait beaucoup plus que ses 24 ans qui avait reconnu l’endroit grâce justement à la gigantesque porte du temple d’Apollon : enfant, elle avait visité et aimé l’île. Elle en connaissait les légendes. C’était là que Le Dieu de Dieux, Zeus avait été élevé et c’était là aussi que Thésée avait abandonné Ariane après que celle ci l’eût aidé à vaincre le minotaure qui terrorisait les crétois.
C’était surtout là que le Dieu de l’ivresse, Dionysos avait inventé le vin ! D’où les libations obligatoire en son honneur, du moins ils le croyaient…
Quand l’ombre naissante rendait les visages énigmatiques ils se parlaient un peu de leur enfance, de leur amours, mais jamais des raisons pour lesquelles ils s’étaient tous retrouvés en prison.
La journée était occupée par les tâches obligatoires : mener pâturer les chèvres, les traire, préparer le déjeuner, laver leur maigres vêtements près de la fontaine…
Si on leur avait demandé ce qu’ils souhaitaient le plus au monde, ils auraient peut-être désiré rester simplement là en paix à regarder les ombres mouvantes des nuages sur la mer à l’abri de ceux qui un jour leur avaient fait mal.

“Que Votre nuit soit douce…” l Une voix de baryton les a sortis du sommeil : Un homme est là, grand , enveloppé d’une cape sombre.
“A Toi Dionysos ! Dieu du vin et de l’ivresse” L’homme a versé un peu de vin dans le foyer et constatant qu’ils sont réveillés, il leur demande de se lever et le suivre ; il tient à la main un flambeau à l’odeur de résine .
A tâtons, trébuchant parfois sur les pierres ils parviennent à une grande carrière de marbre ou gît un géant défunt, statue taillée à même la carrière et qui, fêlée, a été abandonnée il y a bien longtemps à sa solitude, un gigantesque “Kouros” de dix mètres de long sur lequel l’homme leur fait signe de s’asseoir.

Derrière son flambeau allumé, l’homme se réduit à une vague silhouette un peu impressionnante.
“Écoutez-moi” dit-il : “vous avez été envoyé ici de toutes les prisons de Grèce ; vous n’êtes pas sans savoir que la plupart de ces prisons ont été privatisées l’année dernière. Elles appartiennent désormais à la Société dont je suis le représentant.
Vous avez en commun deux choses : vous êtes à peine sortis de l’adolescence et vous avez tué. Pas pour de l’argent, mais pour des raisons passionnelles. Vous avez tous été condamnés à des peines lourdes. Lorsque vous sortirez de nos prisons, votre jeunesse sera passée et aussi une partie de votre âge mûr.
Nous vous offrons ici une nouvelle chance d’être jugés, non dans un tribunal, non par quelques personnes, mais par des centaines de gens, de tous les milieux, de tous les âges, des gens qui sont actionnaires de notre Société.”

Quelque chose comme un murmure d’espoir s’élève des lèvres jointes.

“Attention”, reprend l’homme, “ce n’est pas un cadeau que nous vous faisons : vous risquez gros à ce jeu et vous n’êtes pas obligés de l’accepter ! Si vous êtes d’accord, vous devrez choisir…Vous devrez accepter la vie ou la mort ! Si vous n’êtes pas prêts à faire confiance au jugement de ces gens, vous pouvez décider de retourner dans votre prison purger le reste de votre peine. Ne me répondez pas tout de suite . J’ajoute : vous serez jugés par deux ! Un sera condamné, l’autre sera libre.
Celui qui sera sauvé pourra partir ; il pourra changer se nom s’il le souhaite : nous lui offrirons une nouvelle vie. Celui qui sera condamné devra boire à la Coupe de la mort ; ce sera un breuvage létal qui provoque une mort douce , presque imperceptible.
A vous de choisir votre partenaire ! Trouvez un crime pire que le votre propre ! Vous verrez, ce ne sera pas aussi facile que cela.”

Ils ont regagné en silence la bergerie. il faudrait oser parler le premier et personne n’ose vraiment. Ils ont tous entendu parler de cette privatisation qui a d’ailleurs coïncidé avec une aggravation des conditions de détention, mais le malaise provoqué par la proposition de l’homme est trop grand…

Le lendemain matin, ils vaquent dans le silence le plus complet à leurs occupations : traire les chèvres, préparer le déjeuner. Le silence se fait de plus en plus lourd, tellement lourd qu’il est devenu insupportable pour Hodana
- “Ils veulent nous impressionner. Tirons au sort notre partenaire , ce sera plus juste ! “
Les autres acquiescent en silence.
Ils préparent de petits papiers où leur nom sont marqués et Hodana se charge du tirage des noms : Antonos et Chico, Nikos et Antigone…
Et les couples partent chacun de leur côté se raconter leurs crimes.

Antigone et Nikos se sont éloignés vers le sommet, là où l’on peut regarder la porte, la mer et d’autres îles au loin ; ils restent sans parler dans la chaleur lourde et le crissement des cigales. Un olivier leur procure une ombre légère ; ils se sont assis sans dire un seul mot. Chacun est au cœur de sa propre histoire ; chacun imagine l’histoire de l’autre.
- “Finalement, si j’ai bien compris, l’un de nous survivra” a murmuré Antigone.
Un long silence plane entre eux …
-“ Où nous renoncerons !” Nikos a haussé les épaules.
Antigone secoue ses longs cheveux ! “J’ai été condamnée pour 20 ans ; il est hors de question que je retourne là-bas. Voir passer les années sans personne jamais , je ne le pourrai pas. Je n’ai plus de famille : ils m’ont tous reniée après mon crime. Je n’ai plus personne au monde”
-“Tu es tellement belle” a murmuré Nikos.
-“A quoi cela sert ? Il n’y a pas de miroir dans ma cellule…” a-t-elle répondu
-“Regarde ces enfants qui jouent “ Nikos l’aide à monter sur un rocher pour mieux voir. “ Je voudrais que nous revenions en arrière, que nous soyons l’un d’eux ; je tirerais tes nattes et je ne penserais pas à demain.”
Elle a touché sa main : “Je l’ai tué , tu sais !”
-“Qui ?”
-“Mon enfant. Il est né avec un grave malformation du dos ; jamais il n’aurait marché, il aurait passé sa vie couché, paralysé… Je n’ai pas pu le supporter. Les médecins m’ont conseillé de ne pas l’alimenter, l’affaire de deux ou trois jours. Sa mort aurait été naturelle !”
Nikos s’indigne : “Mais pourquoi eux n’ont-ils rien fait ?”
-“Ils voulaient que cela vienne de moi. Quand je suis rentrée de la clinique, j’ai essayé, j’ai essayé, je te le jure ; il pleurait, il avait faim; tu sais de ces sanglots courts de tout petit enfant. je ne l’ai pas supporté ; il souffrait tu comprends alors j’ai…”
Nikos s’est levé “Non ne me dis rien ; je ne veux pas savoir…”
Elle s’est assise sur le rocher : “Tu trouves aussi que c’est le pire crime ?”
-“Non Antigone, le pire crime ça aurait été de le laisser souffrir. J’aurais fait comme toi sans doute. Tu ne méritais pas la prison ; c’étaient ces docteurs qui auraient dû purger la peine ; une simple piqûre aurait suffit, un simple geste d’humanité.”
-“ La nuit, j’entends encore ses cris”, murmure-t-elle “toute ma vie ils seront gravés dans ma mémoire, une éternité de cris.”
-“Tu verras, ils te sauveront. N’aie pas peur Antigone; ils te sauveront.”
-”Si tu en es sûr, tu vas refuser de rester avec moi ; tu vas vouloir revenir dans la prison. Il me faudra un autre double.”
-“Non” dit Nikos “ j’ai bien réfléchi, tu sais ; la mort ce n’est pas très compliqué, c’est juste un peu d’oubli, de silence… Tu ne me demandes pas ce que j’ai fait ?”
-“ Tu as le droit de garder le secret, Nikos.”
-“Non, c‘est trop lourd ; moi, j’ai tué ma mère, d’un coup de pistolet ! j’ai prémédité mon crime ; ils m’ont condamné à trente ans.”
-“Que t’avait-elle fait ?” a demandé Antigone
-“A moi, rien ; tu sais, ma mère n’a pas eu une vie heureuse. Mon père l’a quittée et elle s’est mise à boire. Moi, j’étais adulte, mais ma petite soeur Nadia n’avait que sept ans. Je ne vivais plus à la maison ; je venais de temps en temps . Un jour j’ai trouvé Nadia en pleurs ; elle était tombée dans l’escalier et avait le visage tuméfié. Je l’ai cru ; j’ai été assez naïf pour le croire… Je m’en veux de lui avoir laissé vivre cet enfer . J’ai mis des mois à comprendre : un soir, je l’ai trouvée endormie par terre toute seule ; je l’ai déshabillée pour la mettre au lit ; son pauvre petit corps d’enfant n’était qu’une plaie. Je l’ai emmenée à l’hôpital ; ma mère n’est rentrée que le lendemain et je l’ai tuée.”
-“Et Nadia, où est-elle ?” a demandé Antigone.
-“Mon père n’en a pas voulu et nous n’avons pas de famille ; elle est dans un centre pour enfants ; ils vont lui trouver un foyer sans doute ; elle est tellement mignonne, tu sais, tellement fragile.”

Ils sont restés là, sans rien dire de plus. Antigone lui a seulement pris la main et ils ont attendu le soir avec la lumière qui devient plus douce, la chaleur plus supportable, l’air plus transparent. Ils sont restés là sur les pierres encore chaudes ; ils ont attendu qu’au loin s’allument les lumières de la ville, puis ils sont rentrés ensemble à la bergerie.
L’atmosphère les a frappé tout de suite ! Des murmures sourds, entrecoupés de silence.
Nikos a lancé un : “Alors ?”
-“Nous allons rentrer dans nos prisons. Ils ne nous ont accordé ces quelques jours de semi liberté uniquement pour nous faire encore plus mal. C’est un jeu trop dangereux : Nous refusons d’y jouer !” a simplement dit Hodana
Ils ont mangé dans un silence lourd d’amertume…
Antigone est allée s’asseoir sur le banc de marbre devant la porte et bientôt Hodana l’a rejointe :
-“Vous êtes restés bien longtemps ensemble” et comme Antigone ne répond pas, elle ajoute “ Tu repars avec nous ?”
Antigone a secoué doucement la tête : “non ! Nous avons décidé de rester, d’accepter ce nouveau jugement… ”
-“ Tu n’as pas peur” a murmuré Hodana
-“Un de nous deux vivra”, a répondu Antigone. “N’est-ce pas le plus important ; je ne veux plus retourner en prison ; après avoir revu ce ciel, après avoir entendu les oiseaux et les cigales, après avoir senti toutes les odeurs, je ne le pourrais plus. J’avais oublié tout cela ; avant, je ne savais pas voir, pas entendre, pas regarder la course du soleil dans le ciel ; tout cela me semblait si naturel. Maintenant, ce ne sera jamais plus pareil”
Hodana s’est penchée vers elle, si près que leurs longs cheveux se frôlent dans la brise du soir ; “et si ton crime est pire que le sien et si…” Les larmes sont venues, brûlantes, qu’elle laisse tomber sur le sol avide de pluie sans même penser à s’essuyer les yeux “s’ils décident de le sauver lui …”
Antigone a comme un sourire “ Je boirai, je boirai la coupe comme l’a fait Socrate il y a bien longtemps. Si la mort est douce, il ne faut pas en être effrayé. Nikos est d’accord avec moi. Nous irons ensemble.”
“Son crime à lui est pire que le tien ? ”demande Hodana .
-“Pire, je ne sais, pas ; ce sont deux crimes différents ; je crois qu’il mérite de vivre. Je ne suis pas angoissée : il est quelquefois rassurant de penser qu’une fin est proche quelle qu’elle soit.”
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MessageSujet: Re: A toi Dionysos 1   Mer 8 Nov 2006 - 13:11

Juste un petit mot pour te dire que j'ai déplacé ta nouvelle à l'endroit que tu voulais.
Je la lirai ce soir.
Bisous

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MessageSujet: Re: A toi Dionysos 1   Mer 8 Nov 2006 - 19:13

Merci gentil sandipoète : the problem est qu'elle était en deux morceaux (trop longue) et on ne comprend le début que si on connait la fin. je sais plus trop où est le 2° morceau. Dans les errances l'ai-je égaré ? Pas impossible. Suis sur le coup d'abus de chocolat, c'est à dire assez vaseuse.
bisous
flore
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MessageSujet: Re: A toi Dionysos 1   Mer 8 Nov 2006 - 19:24

la même quelques minutes après. Ai retrouvé deuxième partie
YOUPPPPPIIII
j'ai ENFIN compris comment fonctionne le site.
Neurone 1 est très content de lui
:!Bravo:
Neurone 2 cuve son chocolat
Malade
Neurone 3 (c'est lui qui a trouvé) est furieux contre les deux autres Colère

Mille :Bisous:
Flore
je ne me lasse pas de ces petites bestioles
Merci sandipoète
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MessageSujet: Re: A toi Dionysos 1   Mer 8 Nov 2006 - 19:34

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