TALIBES[Les enfants perdus de M’Bour (*)]
Ils sont nés, quelque part, entre deux confidences,
Ces gamins que j’ai vu ânonner des prières,
Le sommeil et l’ennui embrumaient leurs paupières
Et la peur censurait les émois de l’enfance.
Mômes abandonnés –sans l’amour d’une mère-
Et contraints à mendier dès le petit matin,
Le coran, le fouet, pour unique univers,
Le gourbi, les haillons, la misère et la faim !
Pieds nus sur les chemins d’un tyran despotique,
Ils traînaient leurs corps las piétinant la poussière,
A la tombée du jour revenaient, pathétiques,
Pour rapporter les fruits des moissons nourricières.
Des enfants innocents !... Que les hommes sont lâches
Quand personne, jamais, ne viens sécher leurs yeux !
Si les larmes pouvaient effacer, sans relâche,
Les affronts, les soufflets, les propos venimeux !
S’ils sont nés, quelque part, entre deux confidences,
Ils n’ont jamais connu la douceur des caresses,
Héritiers de l’enfer qui n’ont pas eu la chance
De germer au soleil arrosés de tendresse.
Au tréfonds de mon âme où je sens comme un vide,
Je ne peux oublier et mon cœur, qui se serre,
Se rappelle, interdit, le sourire impavide
Du bourreau martelant les mots de la prière.
Dieu est-il si hautain qu’il déchire le doux ?
Lui qui voit et entend chaque coup, chaque pleur,
Qu’attend-Il pour tirer et forcer les verrous
Des cachots de l’oubli où sévit la terreur ?!
[
(*) ville du Sénégal]
THALASSA - 2.02.2009
Un reportage de Daniel et Odile Grandclément
Une production DGP
" La scène se passe à M’Bour, un port du Sénégal.
Des dizaines d’enfants mendient, chacun avec la même gamelle à la main. Ils ont entre 4 et 15 ans. Tous sont en haillons, sales, et semblent inexorablement seuls et abandonnés.
Ils sont partout, à chaque coin de rue, chaque carrefour.
Ce sont eux qui ont en charge les basses besognes. Ils aident au déchargement du poisson, récurent les coques des pirogues et même quelquefois partent en mer avec les pêcheurs.
Ce sont des Talibés, des élèves des écoles coraniques.
Toutes celles-ci ne sont pas logées à la même enseigne, mais celles de M’Bour, comme des centaines d’autres au Sénégal, obligent leurs élèves à mendier l’essentiel de la journée. Quelques-unes les obligeant même à rapporter de l’argent sous peine d’être impitoyablement battus (!)
Chaque village africain abritait autrefois son école coranique.
Le maître, le marabout, en contrepartie de l’enseignement qu’il prodiguait à ses élèves, les envoyait cultiver son champ et, un bref moment de la journée, quémander de la nourriture dans les maisons du village.
L’exode rural a bouleversé ces pratiques. Les villages vides, certains maîtres installent leurs écoles dans les villes et les enfants consacrent la majeure partie de leur temps à la mendicité. Et quand ils ne mendient pas, ils apprennent le coran par cœur, des heures durant, sous le fouet du Marabout, luttant contre le sommeil et la faim.
En visite à M’Bour pour filmer un autre sujet j’ai été bouleversé par la vision de ces foules d’enfants tristes, et c’est pourquoi j’ai voulu vivre quelques semaines à leurs côtés.
J’en rapporte ce film, ces images dures, témoins d’un phénomène qui prend chaque jour de l’ampleur : à cause de la sècheresse, de la misère qui monte, d’une certaine forme d’intégrisme, le nombre de talibés malheureux augmente massivement dans la plupart des pays d’Afrique de l’Ouest.
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